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L'isolation thermique des murs

Quelques erreurs à ne pas commettre en réhabilitation

Jean-Pierre Oliva est auteur d'ouvrages de référence sur l'isolation écologique et la conception bioclimatique. Il est convaincu que, en matière de réhabilitation, chaque type de bâti doit être traité selon ses particularités physiques. Il nous explique les erreurs à ne pas commettre en matière de confort thermique. Un sujet très actuel.

Nous remercions Jean-Pierre Oliva et l'association Maisons Paysannes de France qui ont autorisé la reproduction de cet article, paru dans la revue "Maisons Paysannes de France" n° 162, du 4ème trimestre 2006.


L'erreur essentielle en matière de restauration du bâti ancien consiste à lui appliquer les méthodes mises au point pour le bâti « conventionnel » depuis la fin de la Première Guerre mondiale, époque qui a vu la génération de techniques et de matériaux de plus en plus standardisés, sous l'impulsion des industries chimiques et mécaniques, etc. Comprendre comment fonctionnent et vivent les bâtiments anciens construits avant cette époque est indispensable à leur pérennité, à leur sécurité, ainsi qu'à leur adaptation à nos besoins actuels de confort et de sobriété énergétique.

Voici, ci-après, quelques exemples caractéristiques d'inadéquation des techniques conventionnelles au bâti ancien.

L'isolation par l'intérieur

Quelque soit le type de bâtiment, même en construction neuve, l'isolation par l'intérieur est une aberration technique et économique dont la France s'est fait une spécialité en Europe.

Dans le bâti ancien, l'isolation par l'intérieur est une plus grave erreur encore : d'une part, elle supprime l'inertie due à la masse des murs à l'origine du confort d'été et d'autre part, elle cause de graves désordres hygrométriques.

Pour bien comprendre, il faut savoir que l'air chauffé dans une habitation en hiver est en surpression par rapport à l'extérieur. Cet air cherche, un peu comme dans un pneu gonflé, à sortir de son logement, et comme il est chaud, il contient plus de vapeur d'eau que l'air froid. Il en résulte que, au fur et à mesure qu'il se rapproche de l'extérieur, il se refroidit et la vapeur se condense : c'est le point de rosée. Dans une maison en pisé par exemple, on peut avoir des tonnes d'eau en transit dans le mur sans qu'il y ait liquéfaction de la terre grace à la capillarité. Celle-ci tracte les molécules d'eau vers les deux côtés du mur - intérieur et extérieur - où elles pourront s'évaporer.

Ce phénomène est souvent saisonnier : en hiver l'eau se condense, et en été, l'évaporation rafraîchit l'air intérieur par changement de phase.

Ce mur peut vivre des siècles si on le traite de façon correcte. Par contre, si on l'isole par l'intérieur, la condensation se fait alors dans l'isolant. Avec les isolants fibreux amorphes comme les laines minérales, l'eau s'accumule entre les fibres, ruine les capacités isolantes de ceux-ci et les détériore rapidement.

Alors, pour empêcher l'air chargé d'humidité de pénétrer dans la paroi (de l'intérieur vers l'extérieur), on pose un film étanche à l'air et à la vapeur d'eau qu'il contient du côté chaud de l'isolant, le fameux « pare-vapeur ». Mais cela n'est pas satisfaisant car ce film n'est jamais parfaitement continu : outre les raccords entre lès et les aléas de la pose, il est interrompu par les planchers, les refends, les baies vitrées. Comme un entonnoir, le pare-vapeur concentre donc la vapeur d'eau vers ces points faibles et, simultanément, il empêche l'évaporation car les défauts qui ont laissé entrer l'air en surpression n'offrent pas assez de surface d'évaporation à l'humidité qui s'est condensée. Le pare-vapeur est en fait un « pare-évaporateur » qui emprisonne l'eau dans le mur, et conduit à sa détérioration rapide.

Les enduits extérieurs étanches à l'eau

Un mauvais diagnostic des causes d'humidité dans les murs conduit souvent à la préconisation d'enduits extérieurs étanches à l'eau de pluie. Mais les choix de ces types d'enduits, généralement dictés par la peur entretenue par les négoces de matériaux vis-à-vis des phénomènes naturels, jouent souvent exactement le rôle contraire : ils empêchent l'évaporation de l'eau contenue par le mur vers l'extérieur, et souvent trop dosés, créent de multiples micro-fissures par lesquelles l'eau de ruissellement s'infiltre dans le mur sans pouvoir se réévaporer.

Quelques conseils

On peut largement améliorer le confort et les performances thermiques d'une maison ancienne, sans compromettre son équilibre à partir d'une démarche simplement logique, avant d'être éco-logique.

En résumé :

étanchéité à l'air + faible effusivité + faible couche isolante = bon rendement thermique sans perturber l'équilibre hygrométrique du mur ni compromettre le confort d'été.

Il faut donc maintenir la capillarité du mur et ses pouvoirs d'évaporation, et maintenir l'inertie du mur.

JP Oliva


Rajouté par l'auteur du site :

Quelques caractéristiques thermiques des matériaux de construction :

Matériaux Conductivité thermique λ (W/m.K) Capacité thermique ρC (Wh/m³.K)
Granite 2,8 722
Brique auto-isolante 0,12 202
Mortier à la chaux 1,0 472
Pisé, bauge, béton de terre 1,1 785
Brique de terre crue, enduit terre 0,6 667
Béton de chanvre 0,11 213

Comme on le voit, la pierre est un très mauvais isolant mais aussi un très bon moyen de stocker les calories. Un mur de moellons maçonnés à l'argile verra ses caractéristiques légèrement améliorées. L'idéal est d'associer différents matériaux afin de profiter d'une isolation et d'un stockage. La terre est un très beau compromis...

Ces chiffres sont extraits du livre "La conception bioclimatique" de JP Oliva aux éditions Terre Vivante (2006).

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